Le Papillon aux multiples facettes

Tombe papillon Lanas

Le fabuleux destin d’Henri Charrière

La vie d’ombre et de lumière d’Henri Charrière a inspiré les lignes d’un bestseller vendu à 11 millions d’exemplaires à travers le monde ainsi que les majors d’Hollywood. Condamné au bagne en 1933, redevenu libre en 1944 au Venezuela, l’Ardéchois repose, discrètement, depuis 1973 dans le petit cimetière de Lanas.

Né en 1906 d’un couple d’instituteurs à Saint-Etienne-de-Lugdarès sur le plateau ardéchois, Henri Charrière, dit Papillon, jouit d’une enfance paisible en compagnie de ses deux sœurs. Lorsqu’a 11 ans, il perd brusquement sa mère, victime de la grippe espagnole.

Cette disparition prématurée affecte profondément le petit Henri, et cette mort qu’il considère comme une injustice, allume en lui un sentiment de révolte qui le marquera tout au long de son existence. Une existence très tumultueuse et mouvementée. Le voyou de village et querelleur de fêtes votives devenu souteneur est condamné en tant que criminel au bagne à perpétuité. Il n’acceptera jamais d’être privé de liberté.

Henri Charrière affiche très jeune déjà un caractère entier, difficile et une tendance à la controverse. Peu enclin à l’étude, il apparait même paresseux et dissipé. Doué d’une force peu commune et d’une étonnante résistance, il excelle dans les sports de combat, la lutte, la boxe et s’avère très vite comme un rugbyman réputé de la région. Son père, alors instituteur à Ucel, confie son turbulent mais élégant fils à un ami, directeur d’école primaire supérieure à Crest où l’on prépare l’entrée à l’école des Arts et Métiers d’Aix-en-Provence. Malgré les efforts méritoires de cet ami, ajoutés aux incessantes recommandations paternelles, Henri demeure le cancre et l’indiscipliné élève qu’il a été à Ucel, cherchant en permanence des querelles à ses maîtres et camarades de classe.

Lors d’une violente bagarre à Crest, il blesse à l’aide d’un compas à pointe sèche et expédie un élève à l’hôpital. Renvoyé sans appel il réintègre Aubenas. Il a alors 17 ans. Un artisan électricien lui propose l’apprentissage du métier. Peine perdue. Henri ne fait aucun effort, il est très vite congédié. Désœuvré permanent, il ne s’intéresse à rien, se montre allergique à l’effort et meuble son temps entretenant des différends dans les bars d’Aubenas. Devenu un familier de la maison Lauzière, maison de tolérance, il y organise des bacchanales diurnes et nocturnes qui attirent les fêtards de la région. Le videur improvisé chasse les indésirables. Excédé par sa conduite, son père décide d’éloigner Henri du département, il le fait s’engager dans la marine nationale en 1925. Très vite il se heurte à l’organisation et à la hiérarchie militaire. Condamné à 2 mois de prison à Calvi (Corse) dans un bataillon disciplinaire. Il devient rapidement le meneur d’homme du bataillon. Henri prône là révolte. C’est là qu’il se fait tatouer un papillon “symbole de liberté”, sur la poitrine qui lui vaut à vie son surnom : Réfractaire chronique et insubordonné fondamental à la discipline de l’armée, il totalise en deux années, deux cents jours d’emprisonnement. Déterminé à mettre fin à sa “carrière”, il s’écrase le pouce entre deux rochers. Cette mutilation volontaire lui vaut d’être réformé avec une pension d’invalidité pour accident de travail…

Il revient à Ucel. Doté d’un physique qui plaît, il fait de nombreuses conquêtes amoureuses auprès des jeunes ouvrières de la région. Cependant, la cité albenasienne s’avère rapidement trop petite et trop monotone. Il rêve de Marseille, le port, les quartiers cosmopolites, les rues gourmandes et les quartiers aux trafics louches l’attire irrésistiblement. Un milieu ou il n’est pas reconnu. Il s’en éloigne.

A 21 ans, sans diplôme, sans métier, sans relations, Papillon découvre alors Paris. Il se lie avec des hommes de tous acabits. En 1928 il est impliqué dans une affaire de timbres-poste et condamné à 4 mois de prison. Peu de temps après il obtient, faute de preuve, la relaxe dans un important vol de bijoux auquel vraisemblablement il a participé. Il prostitue la fille d’un grand pâtissier avignonnais dont le père,  un ami, lui avait confié la charge. Le 25 mars 1930, place Pigalle un charcutier parisien tombe blessé à mort d’une balle de revolver, et désigne Papillon comme le coupable. Est-ce Papillon l’Ardéchois le coupable ou un autre Papillon puisqu’il en existe alors un Corse et un Parisien… Papillon quitte la scène parisienne et entame d’indécentes cavales qui le conduisent de Caen à la Guyane et au Venezuela. Henri Charrière profite peu de sa gloire. Durant; les dernières années de sa vie il effectue des voyages entre l’Espagne le Venezuela et parcourt la planète pour la promotion de son livre. Il décède en juillet 1973 à Madrid d’un cancer à la gorge, Henri Charrière repose selon sa volonté, auprès de sa mère dans le petit cimetière de LANAS.